9.4. Une petite introduction à la ligne de commande

La ligne de commande est le moyen le plus direct de parler à la machine. Si vous commencez à l'utiliser, vous remarquerez rapidement qu'elle a une capacité d'expression bien plus puissante que les invites que vous avez peut-être utilisées sous d'autres systèmes d'exploitation, plus, même, que toute interface graphique existante. En effet vous avez un accès direct, non seulement à toutes les applications X, mais aussi à des milliers d'utilitaires en mode console (à opposer au mode graphique) qui n'ont pas leur équivalent graphique, ou dont les nombreuses options et combinaisons potentielles ne pourront jamais être représentées par des boutons et des menus.

Mais, il faut bien l'admettre, elle requiert un peu d'aide pour débuter. C'est le but de ce chapitre. La première chose à faire, si vous utilisez KDE, est de lancer un émulateur de terminal. Vous avez une icône qui l'identifie clairement dans le panneau (Figure 9-3).

Figure 9-3. L'icône de l'émulateur de terminal dans le panneau de KDE

Le shell est le nom du programme avec lequel pour interagissez. Vous vous trouvez en face de l'invite (« prompt  » en anglais) :

[jean@localhost] ~ $

Ceci suppose que votre nom d'utilisateur est jean et que votre nom de machine est localhost (ce qui est le cas si votre machine ne fait pas partie d'un réseau existant). Tout ce qui apparaît après l'invite est ce que vous aurez à taper. Notez que quand vous êtes root, le $ de l'invite devient un #. (Tout ce qui précède n'est juste que dans la configuration par défaut, chacun de ces éléments pouvant être personnalisé). La commande pour « devenir  » root quand vous avez lancé un shell en tant qu'utilisateur est su

# Entrez le mot de passe root; il n'apparaîtra pas à l'écran
[jean@localhost] ~ $ su
Password: 
# exit vous fera revenir à votre compte utilisateur normal
[root@localhost] jean # exit
[jean@localhost] ~ $

Partout ailleurs dans cette documentation, l'invite sera représentée symboliquement par un $, que vous soyez un utilisateur normal ou root. Il vous sera indiqué quand vous devez être root, alors n'oubliez pas su :-)

Un # en début de ligne de code représentera un commentaire.

Quand vous lancez le shell la première fois, vous vous trouvez normalement dans votre répertoire personnel. Pour savoir dans quel répertoire vous vous trouvez à un moment donné, la commande est pwd (pour Print Working Directory, afficher le répertoire de travail) :

$ pwd
/home/jean

Il y a certaines commandes de base que nous allons voir, qui vous seront indispensables.

9.4.1. cd : changer de répertoire

La commande cd est exactement la même que celle de DOS, avec quelques fonctionnalités en plus. Elle fait juste ce que dicte son acronyme, elle change le répertoire de travail. Vous pouvez utiliser . et .., qui sont respectivement le répertoire courant et son répertoire parent. Taper seulement cd vous ramènera à votre répertoire personnel. Taper cd - vous renverra dans le dernier répertoire visité. Et enfin, vous pouvez spécifier le répertoire d'un utilisateur toto en tapant ~toto (~ seul ou suivi de / signifie votre propre répertoire personnel). Notez qu'en tant qu'utilisateur normal, vous ne pouvez normalement pas accéder au répertoire d'un autre utilisateur (à moins qu'il ne l'ait explicitement autorisé ou que tel soit le réglage de la configuration par défaut sur le système), sauf si vous êtes... root, donc soyons root et entraînons-nous :

$ pwd
/root
$ cd /usr/doc/HOWTO
$ pwd
/usr/doc/HOWTO
$ cd ../FAQ
$ pwd
/usr/doc/FAQ
$ cd ../../lib
$ pwd
/usr/lib
$ cd ~jean
$ pwd
/home/jean
$ cd
$ pwd
/root

Maintenant, redevenez un utilisateur normal :-)

9.4.2. Quelques variables d'environnement et la commande echo

En fait, tous les processus ont leurs variables d'environnement, et quelquefois ils agissent différemment en fonction des valeurs de certaines d'entre elles. Toutefois, le shell vous autorise à les consulter directement, avec la commande echo. Quelques variables intéressantes sont :

  1. HOME Cette variable d'environnement contient une chaîne de caractères désignant votre répertoire personnel.

  2. PATH Cette variable contient la liste de tous les répertoires dans lesquels le shell doit chercher des exécutables quand vous tapez une commande. Notez que contrairement à DOS, par défaut, le shell ne cherchera pas de commandes dans le répertoire courant!

  3. USERNAME Cette variable contient votre nom de connexion.

  4. UID Contient votre identifiant utilisateur.

  5. PS1 Contient la valeur de votre invite. C'est souvent une combinaison de séquences spéciales, et vous pouvez lire la page de manuel de man 1 bash pour mieux les comprendre (voyez le chapitre Où obtenir de la documentation).

Pour que le shell affiche la valeur d'une variable, vous devez mettre un $ devant son nom. Ici, echo va vous être utile :

$ echo Bonjour
Bonjour
$ echo $HOME
/home/jean
$ echo $USERNAME
jean
$ echo Bonjour $USERNAME
Bonjour jean
$ cd /usr
$ pwd
/usr
$ cd $HOME
$ pwd
/home/jean

Comme vous pouvez le voir, le shell substitue la valeur de la variable avant d'exécuter la commande, autrement notre cd $HOME n'aurait pas fonctionné ici. En fait, le shell a en premier lieu remplacé $HOME par sa valeur, /home/jean, donc la ligne est devenue cd /home/jean, qui est ce que nous voulions. C'est la même chose pour echo $USERNAME et ainsi de suite.

 

9.4.3. cat : afficher le contenu d'un ou plusieurs fichiers à l'écran

Pas grand'chose à dire, si ce n'est que cette commande fait simplement cela : afficher le contenu d'un ou plusieurs fichiers à l'écran!

$ cat /etc/fstab
/dev/hda5 / ext2 defaults 1 1
/dev/hda6 /home ext2 defaults 1 2
/dev/hda7 swap swap defaults 0 0
/dev/hda8 /usr ext2 defaults 1 2
/dev/fd0 /mnt/floppy auto sync,user,noauto,nosuid,nodev 0 0
none /proc proc defaults 0 0
none /dev/pts devpts mode=0620 0 0
/dev/cdrom /mnt/cdrom auto user,noauto,nosuid,exec,nodev,ro 0 0
$ cd /etc
$ cat conf.modules shells
alias parport_lowlevel parport_pc
pre-install plip modprobe parport_pc ; echo 7 > /proc/parport/0/irq
#pre-install pcmcia_core /etc/rc.d/init.d/pcmcia start
#alias car-major-14 sound
alias sound esssolo1
keep
/bin/zsh
/bin/bash
/bin/sh
/bin/tcsh
/bin/csh
/bin/ash
/bin/bsh
/usr/bin/zsh

9.4.4. less : un pager

Son nom est un jeu de mots sur le premier pager existant sous Unix, qui se nommait more[1]. Un pager est un programme dont le but est d'autoriser la visualisation de longs fichiers page par page (plus précisément, écran par écran). Nous parlons de less plutôt que de more car son utilisation est beaucoup plus intuitive. Utilisez less pour voir des gros fichiers, qui ne rentrent pas sur un écran. Par exemple :

less /usr/doc/HOWTO/PCMCIA-HOWTO

Pour naviguer dans le fichier, utilisez simplement les touches flechées haut et bas. Utilisez q pour quitter. En fait, less peut faire bien plus : tapez simplement h pour de l'aide (en anglais), et lisez. Mais de toutes façons, l'objectif de cette section est de vous rendre capable de lire de longs fichiers, et cet objectif est maintenant atteint :-)

9.4.5. ls : faire une liste de fichiers (LiSt, liste)

Cette commande est équivalente au dir de DOS, mais elle peut faire beaucoup plus. En fait, c'est largement dû au fait que les fichiers peuvent aussi faire nettement plus :-) La syntaxe de la commande ls est comme suit :

ls [options] [fichier|répertoire] [fichier|répertoire...]

Si aucun fichier ou répertoire n'est mentionné sur la ligne de commande, ls fera la liste des fichiers du répertoire courant. Ses options sont très nombreuses, et nous n'en citerons que quelques-unes :

  1. -a Faire une liste de tous les fichiers, y compris les fichiers cachés (sous Unix, les fichiers cachés sont ceux dont le nom commence par un .); l'option -A fait une liste de « presque  » tous les fichiers, ce qui signifie tous les fichiers qu'afficherait l'option -a sauf « .  » et « ..  »;

  2. -R Faire une liste récursivement, i.e. tous les fichiers et sous-répertoires des répertoires mentionnés dans la ligne de commande;

  3. -s Affiche la taille de chaque fichier en kilo-octets;

  4. -l Affiche des informations supplémentaires sur les fichiers;

  5. -i Affiche le numéro d'i-nœud (le numéro unique du fichier sur un système de fichiers en face de chaque fichier;

  6. -d Affiche les répertoires comme des fichiers normaux au lieu d'afficher la liste de leurs contenus.

Quelques exemples :

  1. ls -R fait une liste récursive des fichiers du répertoire en cours;

  2. ls -is images/ .. fait une liste des fichiers du répertoire images/ et du répertoire parent, avec pour chaque fichier son numéro d'i-nœud et sa taille en kilo-octets;

  3. ls -al images/*.gif fait une liste de tous les fichiers (y compris les fichiers cachés) du répertoire images/ dont le nom se termine par .gif. Notez que cela comprend aussi le fichier .gif si celui-ci existe.

9.4.6. Raccourcis clavier utiles

Beaucoup de séquences de touches sont disponibles et peuvent vous faire gagner du temps, et cette section fera une liste des plus nécessaires. Cette section suppose que vous utilisez le shell par défaut de Linux-Mandrake, Bash, mais ces séquences de touches devraient aussi fonctionner avec d'autres shells. Dans cette section, C-<x> signifie Ctrl+<x> (appuyez sur la touche Ctrl et maintenez-la enfoncée, appuyez sur <x>, relâchez les deux touches).

D'abord les touches fléchées : Bash maintient un historique des commandes que vous tapez, dans lequel vous pouvez vous balader avec les flèches haut et bas. Vous pouvez remonter jusqu'à un nombre de lignes définies dans la variable d'environnement HISTSIZE. De plus, l'historique est persistant d'une session à l'autre, donc vous ne perdrez pas les commandes que vous avez tapées dans une session précédente.

Les flèches gauche et droite déplacent le curseur sur la gauche et sur la droite, donc vous pouvez éditer vos lignes de cette façon. Mais il y a plus en matière d'édition : C-a et C-e, par exemple, vous améneront respectivement au début et à la fin de la ligne courante. Les touches Backspace et Suppr fonctionneront comme on s'y attend. Un équivalent de Backspace est C-h et un équivalent de Del est C-d. C-k effacera toute la ligne depuis la position du curseur jusqu'à la fin de la ligne, et C-w effacera le mot avant le curseur.

Taper C-d sur une ligne vide vous fera fermer la session courante, ce qui est nettement plus court que d'avoir à taper exit. C-c interrompra la commande en cours de fonctionnement, sauf si vous éditez une ligne, auquel cas cela interrompra l'édition en cours et vous raménera à l'invite. C-l nettoie l'écran.

Finalement, il y a C-s et C-q : ces séquences de touches servent respectivement à suspendre et restaurer le flux de caractères sur un terminal. Elles sont très peu utilisées, mais il peut arriver que vous tapiez C-s par inadvertance. Donc, si vous appuyez sur des touches mais que vous ne voyez rien apparaître à l'écran, essayez C-q d'abord et faites attention : tous les caractères que vous avez tapés entre le C-s non désiré et le C-q apparaîtront tout d'un coup sur l'écran.

Notes

[1]

« less  » signifie moins en français, « more  » signifie plus