Chapitre 13. Installation d'un logiciel libre

Table des matières
13.1. Introduction
13.1.1. Pré-requis
13.1.2. Compilation
13.1.3. Structure d'une distribution
13.2. Décompactage
13.2.1. Archive tar.gz
13.2.2. Utilisation de GNU Tar
13.2.3. bzip2
13.2.4. C'est tout simple!
13.3. Configuration
13.3.1. Autoconf
13.3.2. Imake
13.3.3. Scripts shell divers
13.3.4. Autres possibilités
13.4. Compilation
13.4.1. make
13.4.2. Règles
13.4.3. C'est parti!
13.4.4. Explications
13.4.5. Et si ça ne fonctionne pas?
13.5. Installation
13.5.1. Avec make
13.5.2. Problèmes
13.6. Assistance
13.6.1. Documentation
13.6.2. Assistance technique
13.6.3. Comment trouver des logiciels libres
13.7. Remerciements
13.8. Copyright

On me demande souvent comment installer un logiciel libre à partir des sources. Compiler soi-même un logiciel est pourtant très simple, car la plupart des étapes à passer sont les mêmes, quel que soit le logiciel à installer. Le but de ce document est de guider pas à pas le débutant, en essayant d'éviter l'écueil de l'incantatoire, et en lui expliquant sommairement la signification de chacune des manipulations. Je suppose cependant que le lecteur possède un minimum de connaissances Unix (de type ls ou mkdir). Ce guide n'est qu'un guide, et pas un manuel de référence. C'est pourquoi un certain nombre de pointeurs sont fournis à la fin, afin de répondre aux questions demeurées sans réponse. Ce guide est probablement perfectible, j'attends donc avec impatience toute remarque ou correction sur son contenu.

13.1. Introduction

Ce qui différencie un logiciel libre d'un logiciel propriétaire, c'est l'accès au code source du logiciel[1]. Cela implique que les logiciels libres sont généralement distribués sous forme d'archives de fichiers sources. C'est assez déroutant pour le débutant, car l'utilisateur du logiciel doit compiler lui-même les sources du logiciel avant de pouvoir utiliser le logiciel.

Aujourd'hui, il existe des versions pré-compilées de la plupart des logiciels libres existants. L'utilisateur pressé n'a plus qu'à installer le binaire. Cependant, certains logiciels ne sont pas distribués sous cette forme, ou bien les versions les plus récentes ne sont pas encore distribuées sous cette forme. De plus, si vous utilisez un couple système d'exploitation / architecture exotique, beaucoup de logiciels libres ne seront pas déja précompilés pour vous. Par ailleurs, compiler soi-même ses logiciels permet de ne conserver que les options intéressantes ou d'étendre les fonctionnalités du logiciel en appliquant des extensions afin d'obtenir un logiciel répondant parfaitement à ses besoins.

13.1.1. Pré-requis

Pour installer un logiciel libre, vous aurez besoin :

  • d'un ordinateur allumé pourvu d'un système d'exploitation,

  • d'un peu d'espace disque,

  • d'un compilateur (généralement pour le langage C), d'un programme d'archivage (tar),

  • d'une connaissance généraliste du système d'exploitation que vous utilisez,

  • de quoi manger (dans les mauvais cas, cela peut durer longtemps). Un vrai hacker mange des pizzas, pas des quiches.

  • de quoi boire (pour les mêmes raisons). Un vrai informaticien boit du soda au cola (pour la caféine).

  • du numéro de téléphone de votre copain bidouilleur qui recompile son noyau toutes les semaines,

  • mais surtout de patience (beaucoup).

Compiler un logiciel libre ne présente généralement pas trop de problèmes, mais si vous n'êtes pas habitué, la moindre anicroche peut vous plonger dans la confusion. Le but de ce document est justement de vous montrer comment vous sortir de ce genre de situation.

13.1.2. Compilation

13.1.2.1. Principe

Pour passer d'une forme source à une forme binaire, il est nécessaire d'effectuer une compilation. Cette compilation est généralement effectuée sur des programmes écrits en langage C ou C++ (qui sont les plus répandus dans la communauté du logiciel libre, notamment dans le monde Unix). Certains logiciels libres sont écrits dans des langages ne nécessitant pas de compilation (par exemple Perl ou le shell), mais ils ont quand même besoin d'être configurés.

La compilation C est assurée, très logiquement, par un compilateur qui est généralement GCC, le compilateur libre écrit par le projet GNU (http://www.gnu.org/). La compilation d'un logiciel entier est une tâche complexe, qui passe par la compilation successive de multiples fichiers sources (il est plus facile pour le programmeur d'isoler les différentes parties de son travail dans des fichiers distincts, pour diverses raisons). Afin de faciliter la tâche, ces opérations répétitives sont effectuées par un utilitaire du nom de make.

 

 

13.1.2.2. Les quatre phases de la compilation

Pour bien comprendre le mécanisme de la compilation (et donc être à même de résoudre des problèmes éventuels), il faut savoir qu'elle s'effectue en quatres phases. Il s'agit d'une conversion progressive (en quatre étapes) d'un texte écrit dans un langage compréhensible par un humain entraîné (le langage C par exemple) vers un langage compréhensible par une machine (ou un humain très entraîné, et encore, dans de rares cas). GCC exécutera l'un après l'autre quatre programmes qui se chargeront chacun d'une étape :

  1. cpp : la première étape consiste à remplacer des directives (préprocesseurs) par des instructions C. Typiquement, il s'agit d'insérer un fichier d'en-têtes (#include) ou de définir une macro fonction (#define). À la fin de cette phase, un code purement C est engendré.

  2. cc1 : cette étape consiste à convertir du C en langage d'assemblage. Le code généré est dépendant de l'architecture cible.

  3. as : cette étape consiste à générer du code objet (ou binaire) à partir du langage d'assemblage. À la fin de cette phase, un fichier se terminant par .o est généré.

  4. ld : cette dernière étape (l'édition de liens, en anglais « linkage  ») assemble (ou lie) tous les fichiers objets (.o) et les bibliothèques associées, et génère un exécutable.

13.1.3. Structure d'une distribution

Une distribution de logiciel libre correctement structurée est généralement organisée d'une manière bien précise :

  • un fichier INSTALL, qui décrit la procédure d'installation du logiciel,

  • un fichier README qui contient toutes les informations générales relatives au programme (courte description, auteur, adresse où le télécharger, documentation relative, pointeurs utiles, ...). Si le fichier INSTALL est absent, le fichier README contient généralement une procédure succincte d'installation,

  • un fichier COPYING qui contient la licence ou décrit les conditions de distribution du logiciel. Parfois, c'est un fichier appelé LICENCE qui le remplace.

  • un fichier CONTRIB ou CREDITS qui contient une liste de personnes ayant un rapport avec le logiciel (participation active, remarques pertinentes, logiciel tiers, etc.).

  • un fichier CHANGES (ou, plus rarement, NEWS), qui contient les nouveautés de la version actuelle par rapport à la version précédente et les corrections de bogues,

  • un fichier Makefile (voir la section make), qui permet de compiler le logiciel (c'est un fichier nécessaire à make). Souvent, ce fichier n'existe pas encore et sera généré lors du processus de configuration,

  • assez souvent, un fichier configure ou Imakefile, qui permettra de générer un nouveau fichier Makefile,

  • un répertoire contenant les sources, qui sera généralement celui où le binaire sera stocké une fois la compilation terminée. Son nom est généralement src,

  • un répertoire contenant la documentation relative au programme (généralement au format man ou Texinfo), dont le nom est généralement doc,

  • éventuellement, un répertoire contenant des données propres au logiciel (typiquement, des fichiers de configuration, des exemples de données produites, ou des fichiers de ressources).

Notes

[1]

Ce n'est pas tout à fait vrai, car certains logiciels propriétaires fournissent également leur code source. Mais à la différence d'un logiciel libre, l'utilisateur final n'a pas le droit de l'utiliser de la manière qu'il désire.