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Par Dan York <dyork@Lodestar2.com>
Certification. Ce simple mot a le don de déclencher les pires guerres à
outrance d'Usenet, et évoque des images de novices sans expérience gagnant
avec un morceau de papier des emplois sur d'autres candidats bien plus
expérimentés qu'eux, mais qui n'ont pas les bons sigles dans leur CV. Il pue
les contrôles centralisés, l'obligation de passer des examens pour prouver
ses compétences. Il génère une soupe alphabétique tourbillonante de sigles :
MCSE, CNE, MCP, CCIE, CLP, ATEC, LAEC, CNA, CSA, EIEIO...
Maintenant, si Linux doit être largement accepté dans les grandes tendances
de l'informatique, je pense qu'un programme de certification est essentiel.
Mais tout d'abord, avant de m'en prendre plein la tête, j'annonce clairement
que je ne crois pas qu'un programme de certification remplace jamais
l'expérience dans le domaine de l'embauche. En fin de compte, un programme de
certification est un produit, principalement destiné au marketing et au
recrutement. Dans cet article, je souhaite entamer une discussion sur les
raisons que peut avoir Linux de nécessiter un programme de certification, et
sur quoi un tel programme devrait être concentré.
Pourquoi Linux a besoin d'un programme de certification
Le besoin est ailleurs... selon moi, voici ce qu'un programme de
certification peut apporter à Linux :
- provoquer la reconnaissance par l'industrie - Microsoft, Novell,
Lotus et les autres ont dépensé des millions et des millions de dollars à
convaincre l'industrie informatique de la valeur de leurs certifications. Le
public, particulièrement les décideurs, estiment qu'il y a une valeur et une
importance réelles dans la certification. Un programme de certification Linux
permettra à ceux qui estiment cette valeur de constater que Linux « s'est
érigé en choix viable » ;
- fournir un cursus aux étudiants - les étudiants qui souhaitent se
mettre à Linux peuvent ne même pas savoir pas où commencer. Certes, ils
peuvent lire un ouvrage d'introduction à Linux... mais où cela les
mènera-t-il ? Certains peuvent apprendre très bien tout seuls, avec un livre
ou un CD, pendant que d'autres trouvent un bien plus grand intérêt à
apprendre dans une salle de classe, devant un professeur. Mais quels livres ?
Quelles classes ? Les étudiants qui veulent se mettre à NT ont un cursus
simple : il suffit de suivre la piste MCSE, à travers des classes, des CD, ou
des livres. Le programme de certification délivre du douloureux « par où
commencer ? ».
- fournir un support pour les centres de formation - Les centres de
formation adorent le programme MCSE de Microsoft. Au lieu de récupérer
ici et là des étudiants pour chaque cours, ils peuvent élaborer un programme
de formation séduisant, qui va inciter les étudiants à s'inscrire d'un seul
coup à six cours. Typiquement, un programme MCSE peut générer des revenus de
8 à 10 000 dollars pour un centre de formation. S'ils veulent enseigner
Linux, comment commencent-ils à proposer des cours ? Un programme de
certification permet à un centre de proposer un cursus générateur de revenus
significatifs. Un programme classique de formation/certification permet
également la compétition entre les centres ;
- améliorer le marketing - Chaque centre de formation et chaque
livre qui se concentre sur le cursus de la certification est un facteur de
vente du produit. Un centre de formation du Nord-Est des États-Unis va
affecter cette année 1,4 millions de dollars à la promotion de Microsoft.
Chacune des publicités pour ce centre de formation va battre du tambour pour
Microsoft et va aider à la promotion de NT, et à la valeur de la
certification. Quand vous allez chez le libraire, combien de livres
voyez-vous dans les rayons pour les certifications de Microsoft ou de Novell
? Chaque livre crée plus d'opportunités de vente pour les éditeurs, les
libraires, etc. Un programme de certification Linux aidera à promouvoir la
croissance globale du système d'exploitation Linux ;
- contrer l'argument « pas de maintenance » - Les opposants claquent
rapidement la porte à Linux pour le motif de « manque de maintenance ». Nous,
dans la communauté Linux, nous savons la vérité... à propos du support fourni
par les newsgroups et les listes de diffusion... mais le corps des décideurs
est toujours à la recherche d'une forme de support des produits industriels.
Les nouveaux programmes de Red Hat et d'autres, qui permettent aux
entreprises de souscrire des contrats de maintenance, sont certainement un
grand pas dans cette direction. Mais l'existence de personnel « certifié » en
est un autre. Microsoft est toujours prompt à rappeler qu'il y a actuellement
dans la nature des centaines de milliers de MCSE-isés qui sont capables de
maintenir Windows NT. Cet argument apporte une certaine sécurité à un
directeur d'entreprise, au moment de faire le plongeon dans NT - il ou elle
sait qu'il y a pas très loin des gens qui vont pouvoir assurer la maintenance
du produit sur le point d'être utilisé. Un réservoir de professionnels
certifiés Linux permettrait de contrer cet argument ;
- transformer les étudiants en avocats - Si les étudiants apprennent
tout sur Linux et conmment l'installer, le configurer et l'utiliser, ils
deviennent de bons avocats pour Linux en entrant dans l'industrie de
l'informatique. Cela est dû à la fois aux connaissances acquises au cours de
la préparation à la certification... et également au fait qu'à partir du
moment où un candidat à la certification a investi une solide quantité de
temps, d'énergie et d'argent dans le produit, il a vraiment envie de
l'utiliser. Un candidat peut dépenser 10 000 dollars et passer six mois
d'études pour devenir MCSE. Au bout du compte, il a un intérêt certain à
travailler sur NT. Les gens recommendent ce qu'ils connaissent. Nous avons
besoin qu'ils connaissent Linux !
- créer des emplois pour les spécialistes Linux - Un programme de
certification crée de nombreuses opportunités d'emploi pour des personnes
connaissant bien Linux. Des livres peuvent être écrits. Des cours peuvent
être développés et enseignés. Il existe toute une industrie dévouée à
l'enseignement et au développement de cours et de livres sur les
certifications Microsoft, Novell, Lotus et autres, qui ne demande qu'à
s'étendre à de nouveaux produits. Chaque personne susceptible d'être employée
à écrire ou enseigner Linux devient un avocat de plus, éventuellement à plein
temps ;
- recruter de nouveaux utilisateurs Linux - Combien de gens ont
répondu aux publicités du genre « Vous voulez gagnez 70 000 dollars par an ?
Venez suivre les cours xxx et rejoignez notre programme MCSE » ? Combien
d'entre eux ne seraient jamais entré dans l'industrie informatique ? Ils ont
maintenant un emploi... à travers le marketing et en fournissant un cursus.
Le développement et l'acceptation d'un tel programme de certification Linux
permettrait d'agrandir la base des utilisateurs Linux ;
- assister aux processus d'embauche - C'est la partie la plus
controversée. Des guerres à outrance (ou flame wars) font rage à propos
de ceux qui sont passés à côté d'emplois/promotions/projets parce qu'ils
n'avaient pas la certification appropriée. D'autre part, il y a ceux qui sont
« certifiés » car ayant réussi les examens, mais qui n'ont qu'une faible
expérience. À une époque, le programme de Novell était devenu si dilué qu'on
pouvait rencontrer des « diplômés CNE » qui avaient obtenu leur distinction
en lisant des livres, sans avoir jamais touché à un serveur NetWare ! Alors
que Microsoft s'est efforcé de rendre ses examens suffisamment difficiles
pour rendre indispensable l'utilisation du système pour les réussir, il
existe sans aucune doute des quantités largement suffisantes de supports
d'études pour laisser à quiconque la possibilité d'essayer d'obtenir la
certification en les étudiant exclusivement.
Mais les certifications peuvent assister les processus d'embauche.
Lorsque j'évalue des candidats à un poste, je ne me limite pas au seul
critère des acronymes qu'ils collent à leur nom. Cela dit, en sachant que le
candidat a réussi un programme de certification, j'en déduis tout de même
qu'il a atteint un certain niveau de connaissances de base. J'en tire
également une idée sur sa persévérance et sa détermination pour arriver à
bout d'un projet (comme un processus de certification). Ces deux facteurs
réunis m'aident à avoir une idée sur le candidat et ses possibilités.
Il m'est arrivé que certaines personnes voulant se mettre à Linux me
demandent : « comment puis-je trouver quelqu'un que je puisse embaucher pour
faire marcher ce serveur Linux ? Si je ne connais pas grand'chose de Linux
moi-même, comment puis-je savoir si le technicien que je viens d'engager sait
lui-même vraiment quoi que ce soit sur Linux ? ». Un programme de
certification peut aider les décideurs à savoir quand un candidat possède un
niveau minimum de compétence dans le domaine des produits Linux.
Maintenant, si un programme de certification peut tant apporter à la
communauté Linux, quelles sont les caractéristiques d'un programme qui marche
?
- il doit être sanctionné par des examens - Les fournisseurs de
certifications existantes, tels que Linux International, ne sont pas (encore)
prêtes à faire face à une telle tâche. LI semble être un choix naturel pour
lancer un tel programme. Peut-être un groupe de distributeurs Linux
pourrait-il contribuer financièrement à une action de LI afin de mettre en
place les programmes et l'équipe d'un département formation... ou peut-être
les fonds viendraient-ils des centres de formation...
- le programme doit avoir plusieurs niveaux - Les centres de
formation aiment les programmes de Microsoft parce qu'ils proposent plusieurs
cursus différents. Après un examen, un candidat devient un « Microsoft
Certified Professional » (MCP). Après trois examens précis, vous pouvez
devenir un MCP+Internet. Après six examens (4 principaux et 2 optionnels
choisis parmi une douzaine), vous atteignez le niveau de « Microsoft
Certified System Engineer ». Trois de plus (qui nous font neuf) vous élèvent
au rang de MCSE+Internet. Les étudiants apprécient d'obtenir des
certifications au fur et à mesure de leur progression. Les centres de
formation aiment le programme parce qu'ils peuvent « vendre » beaucoup de
cours. Les éditeurs aiment le programme parce qu'il peuvent éditer et vendre
beaucoup de manuels. Pour qu'un programme de certification Linux fonctionne,
il doit avoir, également, plusieurs séries d'examens ;
- les examens doivent être difficiles - S'il est facile de devenir
un « Linux Certified Professional » (ou quel que soit le titre), alors cela
ne vaut rien. Il doit être difficile d'obtenir la certification, ou le titre
perd tout son sens. Un des diplômes les plus difficiles à obtenir
actuellement est le Cisco Certified Intenetworking Engineer. Le CCIE exige de
passer un simple test « Sylvan Prometric », mais ensuite contient un examen
pratique de deux jours au site de Cisco, dans une pièce remplie de matériel
Cisco, où vous devez contruire un réseau. À la fin de la première journée, un
ingénieur est envoyé pour casser votre travail, et vous passez la deuxième
journée à trouver les erreurs. Vous disposez seulement de vos connaissances
et des documentations des produits. Le problème d'une certification trop
difficile, cependant, est qu'elle limite le nombre de gens qui l'obtiendront,
et par là-même sa propre reconnaissance à grande échelle. Linux doit trouver
un équilibre ;
- les centres de formation doivent être « certifiés » pour pouvoir
proposer des certifications Linux - Dans un marché très compétitif, les
centres de formation cherchent à se différencier de leurs concurrents.
Devenir un Linux Certified Training Center (ou quelque chose du genre) est un
argument de vente pour un centre de formation. Cependant, quelqu'un (encore
cette autorité centrale certifiante !) doit « autoriser » ces centres de
formation... si tout le monde peut être LCTC (mon exemple de sigle), alors
pourquoi chercher à le devenir ? Par exemple, pour devenir « Microsoft
Certified Technical Education Center » (CTEC, anciennement ATEC), un centre
de formation doit payer plusieurs milliers de dollars (par site) à Microsoft,
accepter des contraintes matérielles très astringeantes, et conserver au
moins deux MCSE directement affiliés au centre. De plus, Microsoft approuve
les centres qui peuvent être CTEC, et en limite le nombre pour chaque région.
Les dividendes payées par les centres certifiés Linux pourraient aller
alimenter l'autorité centrale certifiante ;
- les enseignants doivent être certifiés - Si quelqu'un a une
connaissance particulière sur un sujet, cela implique-t'il qu'il est capable
de l'enseigner ? La plupart des programmes de certification ont leurs
mécanismes permettant de décider qui enseigne aux classes de certification
dans les centres de formation autorisés. Microsoft a les Microsoft Certified
Trainers (MCT). Novell a les Certified Novell Instructors (CNI).
L'association Information Technology Training Association (ITTA - une
organisation représentant les entreprises de l'industrie de formation en
informatique) ont fait la promotion du diplôme Certified Technical Trainer
(CTT). Dans tous ces cas, les candidats doivent montrer de réelles capacités
à communiquer l'information, et des connaissances des techniques
d'enseignement aux adultes. La CTT met même en jeu un enregistrement vidéo du
candidat, passé en revue par d'autres instructeurs plus anciens ;
- des logiciels de cours doivent être développés - Sans aucun doute,
si un programme de certification doit être développé, quelqu'un doit écrire
des logiciels pouvant être utilisés par les centres de formation comme
supports de cours. Les éditeurs peuvent également créer des livres
utilisables par les étudiants en auto-apprentissage. Ces logiciels
doivent-ils être « autorisés » comme c'est le cas pour les autres programmes
de certification ? Je n'en suis pas si sûr...
Si vous approuvez l'idée qu'un programme de certification puisse être
bénéfique à la croissance de Linux, comment alors devons-nous nous y prendre,
en tant que communauté, pour aborder les points signalés plus haut ?
Devons-nous créer une nouvelle liste de diffusion, ou un nouveau groupe de
discussion (Et est-ce qu'un tel groupe existe déjà ? Si c'est le cas, je n'ai
pas encore réussi à le trouver) ? Devons-nous nous voir en conférence ?
Une certification Linux est-elle même possible ? J'ai l'impression que la
communauté Linux (dont je me compte moi-même comme membre) a historiquement
été extrêment rétive à tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une
certification... est-ce toujours le cas ? Un tel programme implique de façon
intrinsèque un certain degré de coordination centrale, qui n'est pas
nécessairement conforme à notre éthique ? Pouvons-nous créer un tel programme
?
Quels devraient être les acteurs de ce projet ? Quels vendeurs sont
intéressés (Caldera souhaiterait-il se joindre à d'autres pour créer un
programme commun ?) ? Quel est le rôle de Linux International ? Que penser
d'autres travaux à l'intérieur de Sage ou Usenix ?
Je n'ai pas forcément les réponses à toutes ces questions - mais j'aimerais
participer au débat. Si quelqu'un peut suggérer le bon forum dans lequel
cette discussion pourrait avoir lieu (ou a déjà lieu !), je le prie de m'en
faire part. Ainsi, dans ce but, j'aimerais proposer la création d'une «
alliance sur la formation Linux », conprenant d'autres centres de formation
et/ou formateurs qui seraient intéressés par la création d'un programme de
formation et certification. Écrivez-moi à dyork@Lodestar2.com si vous
pensez qu'un tel programme en vaut la peine, et si vous souhaitez y
participer.
Je crois qu'un programme de certification peut accélérer la croissance de
Linux vers la tendance dominante de l'informatique, tout en créant de
nouveaux défenseurs de Linux, en développant son marketing et en contrant les
arguments sur le manque de support. Pouvons-nous créer un programme de
certification pour y parvenir ? Qu'en pensez-vous ?
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Adaptation française: Géraud Canet, canet@lsv.ens-cachan.fr
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